Nous étions nombreux en ce jour pluvieux à nous rendre à l'autre bout de la ville dans l'enceinte de la Osaka Sangyô Daigaku 大阪産業大学, Université Industrielle d'Osaka.

Nous étions tous là réunis et pour une fois dans ce séjour, pour une fois enfin!, nous n'étions qu'entre étrangers! - oué enfin c'était pas si extra-ordinaire que ça. Les autres étudiants, majoritairement chinois et coréens - au vu de la subtile langue qu'ils parlaient - ont la bonne idée de se fondre au milieu des locaux ce qui ne me permis qu'au terminus de me rendre compte que nous occupions en fait toute la rame.

Il faisait une chaleur toride dans un quartier de banlieu, façon grandes avenues de St Priest bordées uniquement de centres commerciaux, de boutiques de canapés et de centres d'examen du Code de la route. Le soleil ne tapait pas, les nuages étaient denses, ce qui n'empêchait pas tout le monde de mouiller la chemise au moindre mouvement de petit doigt. La Tsuyu 梅雨 est définitivement finie - voir l'article dessus - nous sommes donc réduits à vivre la traumatisante expérience à laquelle nous soumettons de délicieux morceaux de karubi lors de géniales soirées viande grillée lorsque nous les plaçons sur les charbons ardents. Etre un steak, c'est fondamentalement avoir une vie pas top.

Après vingt minutes mon ventre gargouille, le petit déj' est passé à la trappe, mais sachant que je vais rester coincé là bas jusqu'à 16h30 je saute dans un combini, une supérette, pour m'offrir ... un hot dog et un pain au chocolat. C'était folie.

M'enfin mon destin me rattrape et il me faut réintégrer une foule grouillante et bouillonante telle une troupe de carpes koï à la vue de miettes de pain. Le stress est palpable, surtout du côté des étudiantes chinoises manifestement au bord de l'apoplexie. "Y a-t-il un médecin dans la salle?!?" et non, c'est con, que des étudiants et tous un peu speedés. L'instant n'est pas à sauver son prochain.

On monte tranquillement des escaliers qui résonnent, caractéristique de toute école du monde, pour enfin rentrer dans nos box, ou plutôt sur nos bancs. Le silence s'installe, les gens se concentrent. Nombreux sont ceux qui font péter leurs livres de grammaire. A la place je décide de faire l'opposé de ce que font la plupart des examinés dans ces moments -ce qui me vaut ici comme à Lyon des regards perplexes - je me plonge dans de la lecture pour oublier. Et pas n'importe laquelle. Doraemon ドラえもん, un manga mithyque, l'équivalent de spirou au Japon, écrit il y a un moment dans un style totallement rétro mais dieu que c'est bon. C'est pour les enfants, les enjeux sont mineurs, ça passe crème, comme les lettres à la poste. Bref.

Une dame entre. Elle a pour mission de répéter toutes les cinq minutes les mêmes consignes pendant 40 minutes. Ca fait 8 fois quand même. On a juste envie de lui écraser la tête sur son bureau mais elle a ce regard qui dit : " je fais des arts martiaux depuis que j'ai 4 ans et aujourd'hui je peux te déclarer disqualifié donc je t'emmerde doublement". Bon, on n'en fera rien. Un mec au premier rang est dans une posture délicate. Malgré 8 tours d'explications il ne suit pas ce qu'on lui dit, on pense tristement que pour lui le niveau 2, c'est un peu grillé.

Le test enfin commence. Le stress est à son comble. Les questions sont très nombreuses, pas le temps de revenir encore et encore, beaucoup de longs textes à lire aussi. Le niveau est supérieur à celui de mes livres d'entrainement, ça fait un peu chier. Je m'en sors bien sur les kanji, les textes ça passe, la grammaire va encore, le vocabulaire pas top. Bon, mitigé.

On nous offre - par pure bonté et nécessité opérationnelle - 30 minutes de pause avant de basculer sur l'oral.

Même cinéma. Les consignes, le stress, la chaleur, la clim, les toilettes bondées, les stressés qui ressortent leurs bouquins...

Le test oral fais cracher les enceintes, ça y va fort. Ici pas le droit à l'erreur, tout file à toute vitesse, si on se plante c'est mort, pas moyen de ré-écouter quoi que ce soit. Ça crisse un peu sur les bords, ça passe un peu, on ne sait pas.

Arrive la fin, on sort et on est ramené à la réalité : pour une obscure raison on a choisi de venir au Japon. Chaque gouttes de l'orage qui s'écrasent chaudement sur le visage rappellent qu'ici un soleil brulant peut laisser la place à des pluies torentielles en 20 minutes. Et merde. Petit avant goût du typhon qui devrait toucher Osaka Jeudi. Jour où je prends le bus pour Tôkyô, ah ba c'était le moment tiens!

Ce qui rassure c'est qu'on est entre étrangers, personne ici n'a le sens inné des japonais de prendre ou non un parapluie - cf article sur les parapluies. On partage donc le malheur comme on ferait d'une boîte de cassoulet dans le Sud Ouest.

Posé dans le train, mouillé, humide, moite, on pense un peu au test, on débrief. Haine de ces après exam caractéristiques où l'on n'est sûr que d'une chose : ce sera sur le fil. Quitte à, on préfèrerait un bac "je l'ai c'est sûr" ou un concours de la magistrature "j'ai oublié mon code civil, c'est grave?..." . Ça aurait le mérite d'être clair. Surtout que le niveau 2 c'est bien. C'est moins que le niveau 1 mais bon, c'est déjà une porte d'entrée vers des stages, des volontariats, ... Et puis niveau 2 après un an d'introduction et une vraie année de japonais, j'aurais de quoi me friser les moustaches entre gens de bonne société. Et de mauvaise aussi d'ailleurs. Résultats en septembre, si j'arrive à changer mon adresse, ce qui est pas gagné.

M'enfin au fond à ce moment là, dans ce train remplis de Gaijin 外人 - mot plutôt impoli pour dire "étranger"- et de japonais apeurés et amusés par ces jeunes trempés aux accents d'ailleurs, je m'en tape. J'ai une place assise et je la barbotte quand même cette langue.

Du coup, je peux lire mon Doraemon.