J'ai fait il y a deux semaines un petit tour dans un terrain encore inconnu pour moi : la grande banlieue japonaise. En effet j'ai, depuis mon arrivée, assiduement pratiqué centre-villes et banlieues, ainsi que, dans une moindre mesure, la campagne. Par contre, cette mince délimitation entre le bout du bout de la banlieue et les champs en friche m'était encore inconnue. Ces bouts de ville encore denses qui sentent déjà bon les poules. Ces endroits où l'on est sûr de vouloir habiter un jour, mais, ne nous mentons pas, c'est la loose.

Une argumentation aussi personnelle que subjective en direct et en image. Mais tout de suite, pour plus de clarté, des explications.

J'avais fais ce jour là tout le trajet entre mon petit chez-moi et la ville de Nara pour visiter une fabrique d'encre japonaise à l'ancienne : l'encre Sumi. Coupé dans mon élan par un jour de congé aussi inopportun que fatal à ma visite, je me suis rabattu sur un petit magasin de calligraphie, shodô en japonais, littéralement la voie de l'écrit. Après m'être subtilement (sinon furtivement) procuré une pierre à encre et du papier (j'avais déjà le pinceau et l'encre), me voila réglé. M'enfin vous admettrez que 4h de voyage aller-retour et 40 boules (comprendre € pour les plus de 26 ans) de train, ba passer 30 minutes sur place c'est un peu frustrant. J'ai donc décidé de parfaire mon parcours en allant jeter un oeil aux vieilles tombes proto-historiques situées assez loin au nord de la ville. J'ai pris mon courage à mon cou et mes pieds à deux mains, trois regards sur google maps et hop me voila parti vers l'inconnu et l'Histoire.

En effet, Nara est l'un des plus vieux bastions de la culture japonaise et a abrité les premiers grands seigneurs à la tête d'un Etat organisé ainsi que les premiers empereurs véritablement puissants. Ont donc été construit des mausaulés gigantesques que seuls de grands seigneurs pouvaient s'offrir. Il s'agit de monticules énormes bordés de douves profondes. Leur forme est le plus souvent celle d'un trou de serrure à l'ancienne (au diable les serruriers progressistes qui ont aboli cette forme chaleureuse par des clefs dites plus "performantes").

Depuis, ces mausolées ont été entourés par de petits quartiers résidentiels aussi charmants que franchement flippants (ce qui me fait rire d'avance c'est que la majorité des personnes que je connais me diront qu'ils en rêveraient alors que moi ce genre d'ambiances ça me donne carrément la trouille), ceci près d'un ancien palais impérial gigantesque et détruit.

En théorie et vue de dessus ça en jette grave. Dans les faits, c'est plus... contestable ^^ Je ne vous fais pas attendre plus longtemps, partons à l'exploration de ces quartiers loins des centres, terres de fantôme et de temps suspendu.

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Pour de rien arranger, le temps était à l'orage. Doté d'un T-shirt, d'un appareil photo (water-proof vous me direz) et d'un sac rempli de papier à calligraphie qui coûte tout simplement plus cher que mon corps, et bien je n'étais déjà pas en confiance.

J'ai tout de même essayé de me mettre dans l'ambiance et de la jouer à la cool, de prendre des photos. Après je marchais vite, mais ça, faut faire une réclam' auprès de la section pieds de mon cerveau que je ne contrôle plus depuis bien longtemps.

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Sans transition, nous voila au premier tertre et premières désillusions :  vu d'en bas, du plancher des vaches, c'est bien moins fun que du ciel et pis sur la photo je ne peux même pas prendre l'île dans sa globalité. snif

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Et c'est parti, je m'enfonce dans des quartiers sombres et terrifiants. Il me semble qu'à partir de maintenant quelques explications s'imposent face à mon rejet de ces petits coins tranquilles où l'on peut se faire son petit potager sans se faire emmerder et où une voiture passe toutes les heures.
Je suis une fourmi, une vraie. Non seulement j'accumule des réserves, mais en plus il me faut une colonie. Qualifiez moi d'abeille, ce sera un essaim. J'ai besoin de ce bourdonnement permanent, j'aime les centre-villes, les foules, les bus bondés, ... 
Ce genre de quartier où pendant trois heures un samedi aprem tu croises en tout et pour tout trois personnes, que le silence te parait peser plus encore que la chape des nuages gris au dessus de ta tête, quand on voit ces maisons manifestement habitées mais sans signe apparent d'activité, ça me fait peur.

Non pas que je sois contre le calme, non non non. Disons que j'apprécie le calme d'un milieu naturel, j'aime à la folie également cette absence de trace humaine (la mooonnnntaggnnnneeeuuuuuu!). Mais ici soyons honnête, on se trimballe dans une ville à moitié fantôme où le temps semble suspendu. On retrouve des airs de bout du Grand Large (désolé pour les non lyonnais, veuillez en référer à la dite population pour comprendre la référence), ces villes perdues de l'agglomération lyonnaise composées seulement de lotissements à l'air vide. Les dimanches après-midi ils sont pleins de citadins en goguette mais le reste du temps on se croirait dans un parc à thème "30 jours après une vague subite et incontrollée de peste noire, choléra, tuberculose, grippe et tiens, pour parfaire le tout, de RHUME!". Ca m'angoisse ces coins où il n'y a rien d'autre que des maisons, pas de commerce, juste des potagers. J'vais vous dire, quand je suis arrivé à Nanba et que j'ai retrouvé la foule shopping des samedis aprem à Osaka, ba y'avais du mieux quand même.

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Nouvelle version du film "Les Autres", on ne les voit jamais, mais ils laissent des traces de leur passage! Ici des petits pots de fleur tout à fait charmant.

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Un papi qui trimballe une plante à vélo. Brrrr

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Nan mais Ohhhh!!!!! C'est quoi ces pontons délabrés?! Quoi qu'encore c'était plutôt fun. Couard que je suis je n'ai cependant pas osé arpenter ces planches qui ont manifestement vécues plus que moi en trois vies.

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Pour évacuer la pression je prend en photo un caniveau moussu, sous le regard interloqué (et sauvage!) d'une mamie qui promène son chien.

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Des Koi Nobori (littéralement la Carpe qui Monte - En japonais Koi signifie juste carpe bien que chez nous ce terme désigne cette espèce japonaise particulière).

Les Koi Nobori sont une partie de la fête des garçons. Ce festival, au mois de mai, est une réponse à la fête des filles de février. J'ai ajouté des photos à la fin pour voir les autres choses que l'on y fait.

Le symbole de la Koi Nobori est simple, le Koi qui remonte une cascade deviens Dragon, c'est donc le symbole de l'audace, de l'ambition, du dépassement de soi (car oui, je sais pas si vous avez déjà vu une carpe Koi mais elles ont manifestement déjà du mal à se déplacer dans une mare...). Donc bien sûr c'est le symbôle de la fête des garçons (machisme quand tu nous tiens...).

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Des gouttière japonaises à l'ancienne. Ce sont en fait des chaines sur lesquelles l'eau ruisselle, ce qui permet d'éviter toute destruction du procédé pendant un tremblement de terre.

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La reproduction (en 2010) d'une porte de l'ancien palais impérial. Celui-ci (fait dans les années 780) a été abandonné en gros vingt ans plus tard. Il se nomme Heijo (chateau de la paix). Une fois abandonné, lorsque la capitale a été transférée de Nara à Kyôto au début de l'époque Heian (en gros 792), le palais a été complètement abandonné et s'est fait détruire par le temps. En 2010 deux des anciennes portes ont été reconstruites (pour ceux qui étaient venus à Nara et qui se demandaient, ce sont les deux grands bâtiments que l'on voit au milieu de nul part depuis le train).
Le palais impérial était bien plus grand que celui de Kyôto (dont l'enceinte est déjà gigantesque). Les petites colones en pin au premier plan symbolisent les piliers d'autres bâtiments.

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Nara earth

Parce que vous n'avez pas bien vu, un prise photo maps et des tombes. Moi j'ai fais les deux à droites.

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Voici les Hina Ningyô, l'estrade que l'on fait à l'intérieur pour la fête des filles représentant une Cour impériale bien tenue ( et oui ces jeunes filles doivent apprendre!).

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Voici l'autel pour la fête des garçons avec le casque de samurai (Kabuto) ainsi qu'un Katana et le Yumiya (Arc et flèche), les attributs du guerrier, ainsi qu'un kimono mais là j'ai pas compris.
Sont ensuite affichés les noms des garçons de la famille, ici Ibuki et Yushi (si je me rappelle bien pour ce dernier), les deux fils de ma famille d'accueil (c'est chez eux) calligraphiés par leur grand père. Celui à droite se lit Kamiyu, c'est mouuuuâ, ça signifie "Volonté des dieux" ou "Origine des dieux", ça dépend comment on le prend, calligraphié ici par Mikiho, la soeur.